Lettre ouverte

13 mars 2026

Les crises géopolitiques ne justifient pas plus de gaz, elles prouvent qu’il faut en sortir

On peut toujours compter sur l’industrie gazière et pétrolière canadienne pour profiter d’une crise afin de pousser son programme funeste. Sommes-nous donc surpris de la voir exploiter aujourd’hui impudemment la crise au Moyen-Orient pour faire entendre, encore une fois, les mêmes perpétuelles demandes d’expansion de la production, de nouveaux pipelines et de déréglementation du secteur sous prétexte de sécurité énergétique ? Et si, au contraire, on comprenait enfin que notre dépendance aux énergies fossiles ne détruit pas seulement le climat et notre santé, mais nous appauvrit collectivement au nom de son seul profit ?

 

Sortir du narratif des ingénieurs du chaos

 

L’industrie pétrogazière canadienne nous avait déjà fait le coup lors de la COVID-19, une note secrète de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (CAPP) ayant fuité. On pouvait y lire ses demandes concernant des allègements massifs quant à la réglementation fédérale, l’arrêt complet de l’élaboration de nouvelles politiques climatiques ou encore l’exemption de l’obligation de révéler ses activités de lobbyisme auprès du gouvernement fédéral. Même scénario lors de l’offensive russe en Ukraine, mais cette fois-ci en y ajoutant l’argument qu’il fallait absolument aider les pays européens à se départir du gaz fossile russe. Récemment, la nécessité de trouver de nouveaux marchés pour les ressources pétrolières et gazières canadiennes a été ajoutée à son argumentaire, lors du retour de Donald Trump au pouvoir et lorsqu’il a déclenché sa guerre tarifaire. Bref, sa rhétorique s’adapte au fil des crises et du contexte.

 

Malheureusement, on connaît la suite. Le gouvernement fédéral cède à presque tous ses caprices et s’enfonce dans une obsession pour les pipelines de sables bitumineux et le gaz naturel liquéfié (GNL), gaspillant nos impôts au détriment de nos cibles climatiques et de notre bien-être collectif. Au Québec, cela se traduit par le retour d’un éventuel projet de complexe gazier, un genre de GNL Québec 2.0, mais qui, cette fois-ci, aboutirait non pas au Saguenay mais à Baie-Comeau : le projet de la compagnie norvégienne Marinvest Energy.

 

On l’a vu après l’invasion de l’Ukraine, les pays les plus exposés n’ont pas conclu qu’il fallait s’enchaîner plus longtemps au gaz. Ils ont plutôt misé sur les énergies renouvelables, l’électrification et l’efficacité énergétique, justement pour ne plus être à la merci de la brutalité géopolitique des hydrocarbures.

 

Et le Québec dans tout ça ?

 

Tant que nos économies dépendront du gaz et du pétrole, nous resterons pris en otages par des intérêts impérialistes créant et se nourrissant du chaos.

 

On essaie de nous convaincre que nous serions à l’abri de ces crises si nous exploitions nous-mêmes nos énergies fossiles. Rien de plus faux. D’une part, même si on produit localement du pétrole ou du gaz, son prix est défini par le cours des marchés internationaux. D’autre part, partout où l’on produit et exporte du gaz naturel et du pétrole, les coûts sont plus élevés en temps de crise qu’ailleurs parce qu’on préfère l’envoyer ailleurs. Expliquez-moi pourquoi l’Alberta paie plus cher que nous ?

 

Le Québec, lui, a un avantage immense : son électricité est presque entièrement renouvelable. Dans un monde aussi instable, ce n’est pas un détail anodin. C’est un atout collectif pour protéger les ménages, les institutions et les entreprises contre la volatilité des prix fossiles, à condition de faire les bons choix collectifs.

 

Cela veut dire cesser de croire que de nouvelles infrastructures fossiles sont des solutions. Cela veut dire arrêter de socialiser les risques privés au profit des compagnies pétrogazières. Cela veut dire investir dans ce qui nous rend réellement plus libres : la sobriété, l’efficacité énergétique, l’électrification planifiée, la gestion de la demande et les énergies renouvelables.

 

Le vrai débat est simple : comment sortir enfin d’un système énergétique qui enrichit quelques-uns, fragilise le monde et nous expose, crise après crise, à des chocs que nous prétendons ensuite découvrir ?

 

Il ne faut pas laisser l’industrie pétrogazière écrire le scénario de cette crise. Le Québec a tout à gagner à renforcer un système énergétique plus sobre, plus stable, plus démocratique, plus sain et plus résilient.

 

La bonne réponse, ce n’est pas plus de gaz et de pétrole. C’est l’autonomie énergétique grâce à une vraie transition juste et soucieuse du vivant.

 

 

Emmanuelle Rancourt
Coordonnatrice de la coalition Sortons le gaz!

 

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